IA agentique dans l'industrie : 36 % des tâches « automatisables », très loin d'être automatisées
Selon une prévision IDC citée par le dernier panorama sectoriel de Deloitte, 36 % des tâches de la production industrielle pourraient être augmentées par de l'IA agentique. Un chiffre technique, pas un calendrier de déploiement.
Le dernier panorama sectoriel aérospatiale et défense de Deloitte, qui s'appuie sur des prévisions du cabinet IDC, avance un chiffre frappant : 36 % des tâches réalisées dans la production de biens industriels pourraient bénéficier d'une augmentation par de l'IA agentique — des agents logiciels capables d'enchaîner des actions (diagnostic, planification, exécution) sans supervision constante d'un opérateur. Le même panorama chiffre par ailleurs la trajectoire d'investissement : les dépenses américaines en IA dans l'aérospatiale-défense pourraient être multipliées par 3,5 entre 2025 et 2029, pour atteindre 5,8 milliards de dollars.
Ce type de statistique de « tâches automatisables » est devenu un marronnier des cabinets de conseil depuis les travaux fondateurs d'Autor, Levy et Murnane (2003) sur le contenu en compétences du changement technologique : leur apport a précisément été de montrer qu'un emploi n'est pas une tâche unique mais un faisceau de tâches, et que seules les tâches routinières et codifiables cèdent rapidement à l'automatisation — les tâches non routinières, relationnelles ou de jugement résistent bien plus longtemps. Un taux de 36 % dit donc quelque chose sur le contenu technique du travail industriel, pas sur le rythme auquel ce potentiel se traduira en emplois transformés ou en gains de productivité mesurés.
L'écart entre ce plafond technique et l'adoption réelle a une explication bien documentée en économie de l'innovation : Bresnahan, Brynjolfsson et Hitt (2002) ont montré, à partir de données d'entreprises américaines, que la valeur des technologies de l'information ne se matérialise qu'à travers un « co-investissement » massif en capital organisationnel — reconception des processus, formation, refonte des systèmes de données — dont le déploiement se compte en années, pas en trimestres. La prévision de dépenses (x3,5 d'ici 2029) mesure des budgets d'outillage ; elle ne mesure pas ce co-investissement organisationnel, qui est historiquement le facteur limitant.
Pour les industriels des secteurs suivis par Cardan-AI (aéronautique, énergie, O&G), la leçon est directe : un fournisseur ou un cabinet qui présente un pourcentage de « tâches automatisables » comme une feuille de route sous-entend une hypothèse de diffusion instantanée que quatre décennies de recherche sur l'adoption technologique invalident systématiquement. Le bon indicateur de pilotage n'est pas le plafond technique, mais le budget et le calendrier consacrés à la réorganisation des processus qui doit l'accompagner.
Analyse publiée par
Cardan-AI Intelligence
Notre cellule de recherche et d'analyse, dédiée à l'IA appliquée à l'entreprise, à l'industrie et à la conformité réglementaire.
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